Chroniques

La Chronique de Black - Avril 2010


Indépendance !


Depuis quelques mois, on parle du cinquantenaire de ce qu'il est convenu d'appeler les "indépendances africaines". 50 ans, c'est bien le lieu de s'arrêter pour faire le point, savoir où l'on en est, questionner les réussites et les échecs, et se projeter dans l'avenir...


Mais de quelle indépendance parle-t-on ? Qu'est-ce qu'on célèbre pour que l'Etat du Sénégal y mette plus d'1 milliard de francs CFA dans des activités plus axées sur le folklore que sur la réflexion ? Il faut bien se poser la question et l'adresser à ceux pour qui le Sénégal est "indépendant".


Car la question que l'on est en droit de se poser est celle-ci : est on sorti du système dans lequel nos pays et territoires ont été intégrés de manière forcée et violente par la colonisation ? Les dirigeants des pays africains ne sont que des agents chargés de préserver les intérêts des puissances étrangères, qui en retour, leur assurent protection.


Avons-nous rompu les liens de dépendance ? Nos élites dirigeantes sont-elles en mesure de décider souverainement de la politique de nos différents pays ? la réponse est "non". Est-il possible pour nos Etats de prendre des décisions fortes et profitables en matière de santé, d'éducation, d'énergie, de politique culturelle et sociale, sans se vouloir rappeler à l'ordre par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international ou l'Union européenne ? Là aussi la réponse est "non".


On pourrait multiplier les exemples à l'infini, pour montrer que nous sommes encore, cinquante ans après ce que l'intellectuel et humaniste sénégalais Cheikh Anta Diop a appelé "indépendances nominales", dans l'indignité que seule une dépendance vis-à-vis de l'extérieur peut créer et entretenir.


Aujourd'hui, l'Afrique fait toujours appel à "l'aide au développement" pour financer des projets et des programmes. L'extérieur finance mêmenos élections. Alors qu'on ne se moque de personne en voulant soutenir que nous sommes indépendants. Nous ne le sommes pas. C'est clair !


Dans la critique de cette situation de dépendance, la voix des rappeurs et plus généralement, des acteurs du mouvement Hip-Hop a résonné et continue de rappeler à travers des textes engagés, le destin morose des masses laborieuses africaines, maintenues dans la misère, le cynisme et l'incompétence des dirigeants, qui prétendent agir en leur nom.


De manière directe, lucide et honnête, ils se sont posés en sentinelles, pour dénoncer les injustices de toutes sortes, les carences manifestes des élites, les mensonges, les crimes et délits d'Etat etc. Il faut saluer ce rôle de veille de ces porte-voix du peuple au moment où on célèbre ces simulacres d'indépendance.

Leurs critiques sont souvent dures, mais il est toujours bon et salutaire d'avoir dans la société des personnes, surtout jeunes, qui rappellent que le combat pour la dignité, la souveraineté et la liberté mérite que l'on fasse des sacrifices à la hauteur. Il y va de notre existence même en tant que peuples ! Et c'est le jour où les élites le comprendront que nous prendrons le chemin du progrès... et de la vraie indépendance.

 

 

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